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Récit de la vie de J. N. (extrait)

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Biographie

DES BISCOTTES AUX CHAMPIGNONS

« Je m’appelle J. N.. J’ai 15 ans, j’ai 91 ans. J’ai 15 ans dans ma tête et je me souviens de tout. J’ai 91 ans dans mon corps et je vais mourir bientôt.

Je suis née le 12 janvier 1934. À ce qu’il paraît en tout cas. Car mon père n’était déjà plus très frais quand il m’a déclarée à la mairie de Blois. Cinquième enfant sur six. Ou alors seconde sur trois. Ça dépend si on compte les frères et sœurs qui sont morts au cours de leurs premiers mois.

J’ai 15 ans. Ce matin, alors que je sors faire des courses pour Maman, je croise un beau garçon qui travaille sur le chantier de la vieille bâtisse des S., à côté de chez nous. Il y a tout à refaire dans cette ferme en ruine. Une équipe de charpentiers est sur le toit. Il est nouveau dans le paysage, ce garçon. Car dans notre village, on se connaît tous et ça ne bouge pas beaucoup. Le patron de l’entreprise, je le connais ; c’est un collègue de mon père. Mais le garçon… il doit apprendre le métier.

Bref. Il est vraiment beau… En plus, il m’a souri… Je me sens toute gaie d’un coup ! Je fais rapidement mes achats chez l’épicière du coin, j’achète le pain de deux livres chez le boulanger et, le cœur battant, je fais le chemin à l’envers, à toute vitesse, espérant le voir encore.

J’arrive alors qu’il place une planche sur les tréteaux. Je n’ai pas ma langue dans ma poche, et même pas peur de l’aborder en lui lançant un « bonjour ! », assorti de ce que j’imagine être mon plus magnifique et irrésistible sourire qui va très bien avec mes yeux bleus pétillants.

Il tourne la tête vers moi, et nos yeux se disent tout ce qu’il y a à dire.

Avec M., le jeu de la séduction ne dure pas longtemps et je suis rapidement enceinte. Il a fallu que nous nous mariions avant que mon ventre ne soit la preuve trop visible de notre amour. Le 10 août 1950, j’accouche d’une petite fille, L..

Notre avenir nous paraît bien gris dans le petit village où nous habitons. Nous n’avons pas assez d’argent pour louer un logement, et nous vivons chez mes parents, dans une grande promiscuité. De plus, les relations avec mon père deviennent de plus en plus difficiles à gérer.

Nous décidons alors de partir tous les trois à Paris…  Quelle aventure excitante ! La capitale ! Je sais que je peux être employée de maison chez Madame C., une amie de la famille. Quant à M., il peut travailler n’importe où : les charpentiers sont très recherchés. »

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